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Une nouvelle stratégie générale pour la Coopération luxembourgeoise

Publié le vendredi 21 septembre 2018

STRATÉGIE GÉNÉRALEDE LA COOPÉRATION LUXEMBOURGEOISE

EN ROUTE POUR 2030 

TABLE DES MATIÈRES

 Contexte 1
En route pour 2030 – Engagements clés : 4
1. Une nouvelle stratégie générale pour la Coopération luxembourgeoise 6
2. Thématiques prioritaires 8
3. Instruments financiers et autres modalités non financières 11
4. Concentration géographique 14
5. Partenariats multi-acteurs 16
6. Principes d’efficacité du développement 20
7. Cohérence des politiques pour le développement 21
8. Action humanitaire 22
9. Sensibilisation et éducation au développement 24
10. Communication 24
11. Suivi & évaluation et gestion des connaissances 25
12. De la stratégie aux résultats

 Encadrés

Encadré n°1 : Évolutions majeures du système de coopération au
développement du Luxembourg 7
Encadré n°2 : La plate-forme humanitaire emergency.lu : Valorisation
de l’expertise luxembourgeoise dans le domaine des TIC 14
Encadré n°3 : Renforcement de l’impact et de l’efficacité des actions
de développement – Concentration sur un nombre limité
de pays partenaires prioritaires 15
Encadré n°4 : Un mécanisme de financement innovant pour le développement
de l’agriculture 18
Encadré n°5 : La Business Partnership Facility (BPF) 19
Encadré n°6 : Assurer la coordination pour une plus grande cohérence
des politiques pour le développement 21
Encadré n°7 : Application des principes humanitaires 23

ABRÉVIATIONS ET ACRONYMES
MESSAGES-CLÉS

3D Diplomatie, développement et défense
5P Peuples, prospérité, planète, partenariats et paix
APD Aide publique au développement
BAD Banque africaine de développement
BAII Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures
BMD Banque multilatérale de développement
BEPS Base Erosion and Profit Shifting
(Érosion de la base d’imposition et transfert des bénéfices)
BPF Business Partnership Facility
CERF Central Emergency Response Fund (Fonds central d’intervention d’urgence)
CICR Comité international de la Croix-Rouge
CID Comité interministériel pour la coopération au développement
CIDD Commission interdépartementale du développement durable
CIDH Comité interministériel des droits de l’homme
CIEDD Comité interministériel pour l’éducation au développement durable
COP Conférence des parties
ETC Emergency Telecommunications Cluster
FfD Financing for Development (Financement du développement)
GPEDC Global Partnership for effective Development Cooperation
(Partenariat mondial pour une coopération efficace au développement)
HCR Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
MAEE Ministère des Affaires étrangères et européennes
MOPAN Mutilateral Organisation Performance Assessment Network
(Réseau d’évaluation de la performance des organisations multilatérales)
OTAN Organisation du traité de l’Atlantique Nord
ONG Organisation non gouvernementale
ONU Organisation des Nations Unies
OCDE Organisation pour la coopération et le développement économique
OCDE-CAD Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE
ODD Objectif de développement durable
OSCE Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe
PAM Programme alimentaire mondial
PEID Petits Etats insulaires en développement
PESC Politique étrangère et de sécurité commune
PIC Programme indicatif de coopération
PMA Pays les moins avancés
PNDD Plan National de Développement Durable
RNB Revenu National Brut
SDSR Santé et droits en matière de sexualité et de reproduction
TIC Technologies de l’information et de la communication
UE Union européenne

Contexte

Une nouvelle stratégie générale pour la Coopération luxembourgeoise, adaptée au nouveau
contexte de la coopération au développement. Alors que les niveaux de pauvreté
ont globalement reculé, la pauvreté extrême se concentre désormais dans des zones fragiles,
souvent marquées par des conflits. Les impacts liés au changement climatique, aux
pandémies et aux conflits, gagnent en ampleur et entraînent une augmentation significative
des déplacements forcés de population, des mouvements de réfugiés et des migrations.
Afin d’intégrer la complexité de ces mutations et de contribuer à la sécurité et à la
stabilité mondiale, le Luxembourg a élaboré une nouvelle stratégie générale de coopération
au développement. Le présent document définit le cadre général, les priorités clés
et les actions à travers desquels le Luxembourg entend renforcer l’impact et la cohérence
d’ensemble de sa coopération au développement.
L’engagement du Luxembourg en matière de développement et d’action humanitaire est
basé sur la solidarité internationale et guidé par ses valeurs et ses intérêts. Les défis communs
d’un monde plus complexe et hyper connecté auxquels aucun pays n’est en mesure
d’apporter une réponse à lui seul, forment la base de l’engagement continu du Luxembourg
en faveur de la coopération au développement, qui constitue un pilier essentiel de son
approche 3D (Diplomatie, Développement et Défense) en matière de politique étrangère.
Cet engagement est à la base de l’attachement continu du Luxembourg au multilatéralisme,
de son soutien actif aux réformes dans le domaine de la coopération internationale
et de la promotion des efforts globaux en matière d’éradication de la pauvreté, de la
durabilité environnementale et des droits de l’homme. Le Luxembourg partage les valeurs
et principes de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne
(UE). En tant que premier contributeur d’aide publique au développement (APD) à
l’échelle mondiale, l’UE et ses États membres occupent une position unique dans le cadre
de l’Agenda 2030. Cela permet au Luxembourg d’avoir une influence au niveau international
qui va bien au-delà de la taille de son territoire national.
L’objectif principal du Luxembourg en matière de coopération au développement est de
contribuer à la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté extrême à travers le
soutien au développement durable sur le plan économique, social et environnemental.
Pour atteindre cet objectif, le Luxembourg continuera de promouvoir une approche multi-
acteurs dans le cadre de la mise en oeuvre de l’Agenda 2030 « Transformer notre monde:
le Programme de 2030 pour le développement durable » et de la réalisation des objectifs
de développement durable (ODD) qui lui sont associés. En particulier, le Luxembourg vise
à assurer un niveau minimal de subsistance pour tous, en particulier aux plus vulnérables
et défavorisés, dans un environnement basé sur les droits et offrant des chances égales
de façon à ce que chaque individu puisse librement déterminer le cours de son existence.
Par conséquent, le principe consistant à « ne laisser personne pour compte » (leaving no
one behind), inscrit dans l’Agenda 2030 et le Programme d’action d’Addis-Abeba pour le
financement du développement sont au coeur de la nouvelle stratégie générale, qui s’articule
autour de quatre thématiques prioritaires interconnectées :
• améliorer l’accès à des services sociaux de base de qualité ;
• renforcer l’intégration socio-économique des femmes et des jeunes ;
• promouvoir une croissance durable et inclusive ;
• promouvoir une gouvernance inclusive.
Afin de refléter le caractère interdépendant des ODD et de favoriser des approches intégrées,
couvrant l’ensemble des secteurs, partenaires et instruments, la nouvelle stratégie
générale évolue d’une approche qui reposait sur une priorisation sectorielle vers une
approche plus inclusive, fondée sur ces quatre priorités thématiques. Ces dernières s’appuient
sur une expertise de longue date acquise par le Luxembourg dans le secteur de
l’éducation/formation professionnelle, de la santé de base et du développement rural,
tout en intégrant des instruments innovants et des nouveaux domaines d’intervention
dans lesquels le Luxembourg pourra apporter une valeur ajoutée. Le Luxembourg s’appuiera
en particulier sur son avantage comparatif en tant que centre financier international
de premier plan ainsi que dans le secteur des technologies de l’information et de la
communication (TIC). À cet effet, il favorisera un engagement renforcé avec de nouveaux
partenaires, notamment ceux issus du secteur privé et déploiera des mécanismes de financement
innovants ainsi que des instruments scientifiques et technologiques mis au service
du développement.
L’ensemble des actions de coopération au développement du Luxembourg sera caractérisé
par une approche multi-acteurs et par l’intégration systématique de trois priorités transversales,
à savoir : les droits de l’homme, l’égalité entre les sexes et la durabilité environnementale.
Les actions seront par ailleurs articulées autour des 5P : Personnes, Prospérité,
Paix, Partenariat et Planète.
Les quatre thématiques prioritaires sont donc étroitement alignées sur l’Agenda 2030 et
visent en particulier à contribuer à des progrès significatifs dans le cadre de la réalisation
des 12 ODD suivants :
• SDG 2 - Faim « zéro »
• SDG 3 - Bonne santé et bien-être
• SDG 4 - Éducation de qualité
• SDG 5 - Égalité entre les sexe
• SDG 6 - Eau propre et assainissement
• SDG 7 - Énergie propre et d’un coût abordable
• SDG 8 - Travail décent et croissance économique
• SDG 10 - Inégalités réduites
• SDG 13 - Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques
• SDG 16 - Paix, justice et institutions efficaces et
• SDG 17 - Partenariats pour la réalisation des objectifs

Figure 1 : Objectif principal et thématiques prioritaires de la Coopération luxembourgeoise

Objectif principal : Éradication de la pauvreté extrême, à travers le soutien au développement
durable sur le plan économique, social et environnemental

Améliorerl’accès à des services sociaux de base de qualité.

Promouvoir une gouvernance inclusive

Renforcer l’intégration socio-économique des femmes et des jeunes

Promouvoir une croissance durable et inclusive

Priorités transversales

• Droits de l’homme
• Égalité entre les sexes
• Durabilité environnementale
 En route pour 2030 – Engagements clés :

Afin de consolider ses atouts et de maximiser son impact, le Luxembourg prend les engagements
suivants :
• maintenir un objectif d’aide publique au développement (APD) de 1 % de son Revenu
National Brut (RNB) avec une concentration sur les pays les moins avancés (PMA). Le
Luxembourg continuera de fournir une aide non-liée et de ne pas comptabiliser dans son
APD les fonds alloués au financement climatique international et à l’accueil de réfugiés
au Luxembourg (principe de l’additionnalité des fonds) ;
• maintenir une APD sous forme de dons en tant que principal outil de financement, en
particulier pour la mise en oeuvre de programmes et projets dans les secteurs sociaux.
En outre, le Luxembourg aura recours à un dispositif varié d’instruments et de modalités
financiers pour la mise en oeuvre de ses quatre thématiques prioritaires et pour
répondre à des besoins spécifiques de ses pays partenaires. Les partenariats avec le
secteur privé et les banques multilatérales de développement (BMD) seront davantage
développés afin de mobiliser des ressources additionnelles, notamment par le biais de
mécanismes de financement mixtes ;
• maintenir une concentration géographique. Le Luxembourg concentrera ses projets et
programmes de développement dans un nombre limité de pays partenaires prioritaires.
Ces pays seront principalement identifiés parmi ceux ayant les besoins les plus importants,
notamment les PMA situés en Afrique de l’Ouest et dans la zone du Sahel. Par
ailleurs, le Luxembourg renforcera le développement d’approches régionales dans les
domaines thématiques où il est en mesure d’apporter une valeur ajoutée avérée ;
• promouvoir les principes de l’efficacité du développement. Cet engagement s’inscrit dans
le cadre du « Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement
» et de ses quatre principes, à savoir : l’appropriation des priorités de développement
par les pays en développement ; l’orientation vers les résultats ; des partenariats de
développement inclusifs ; la transparence ainsi que la redevabilité réciproque. ;
• renforcer la planification stratégique et la mesure des performances à tous les niveaux.
L’identification des priorités programmatiques sera effectuée conjointement avec les pays
partenaires sur base des cadres de résultats et des indicateurs de performance nationaux.
La disponibilité et l’accès à des données statistiques de qualité permettant de mesurer la
performance des actions de développement sera systématiquement promue ;
• promouvoir le renforcement de capacités par le bais de la coopération technique et
scientifique pour soutenir le transfert de connaissances, le développement institutionnel
et les réformes sectorielles. L’investissement dans le développement des compétences
et aptitudes favorise l’appropriation nationale et permet de renforcer les capacités
des pays partenaires pour mettre en oeuvre leurs propres stratégies nationales de
développement. Le Luxembourg continuera d’apporter une assistance technique et une
expertise de haut niveau, en particulier à travers l’agence luxembourgeoise de coopération
au développement Lux-Development, principal pilier pour la mise en oeuvre de sa
coopération bilatérale ;
• encourager une coordination efficace entre donateurs, conjointement avec l’Union
européenne, ses États membres et les autres partenaires de développement afin de
favoriser une meilleure cohérence et harmonisation des actions de coopération ;
• poursuivre la mise en oeuvre d’une approche pangouvernementale (whole-of-government
approach) des actions de développement et renforcer la cohérence des politiques.
Afin de favoriser une cohérence renforcée des politiques pour le développement, le
Luxembourg s’assurera que ses politiques nationales soient en ligne avec l’Agenda 2030
et avec son Plan national pour un développement durable (PNDD). Les accords et les
cadres de coopération existants transiteront progressivement vers des « programmes
nationaux intégrés », favorisant ainsi la complémentarité de l’ensemble des actions
luxembourgeoises dans ses pays partenaires ;
• poursuivre un engagement à long terme avec les pays partenaires. Cet objectif sera
atteint par le renforcement et la diversification continus de l’engagement à long terme
du Luxembourg, en particulier au travers de partenariats stratégiques pluriannuels et le
développement en amont de stratégies de retrait/de transition ;
• maintenir la flexibilité et la réactivité de son action. La Coopération luxembourgeoise
demeurera flexible sur le plan opérationnel, afin de pouvoir effectuer des ajustements en
fonction des besoins et de maintenir un engagement continu, surtout en temps de crise ;
• promouvoir l’innovation pour le développement et assurer sa mise en oeuvre. Le Luxembourg
favorisera et soutiendra des partenariats ainsi que des approches et instruments
innovants dans des domaines où il dispose d’un avantage comparatif spécifique, notamment
en tant que centre financier international de premier plan et dans le secteur des
technologies de l’information et de la communication (TIC) et des données numériques ;
• promouvoir les partenariats multi-acteurs. Afin d’accroître l’impact et la portée de son
action, le Luxembourg continuera de développer et de faciliter des partenariats de
développement durable, associant les organisations internationales et multilatérales, la
société civile, les centres universitaires/de recherche ainsi que le secteur privé. Il renforcera
davantage son rôle en tant qu’acteur-catalyseur pour la mobilisation de ressources
supplémentaires et la promotion de partenariats Sud-Sud et triangulaires ;
• poursuivre son action visant à favoriser des partenariats dynamiques et diversifiés avec
les ONG internationales, nationales et locales. Cet objectif sera atteint notamment par
la conclusion d’accords de partenariat stratégiques pluriannuels, permettant de renforcer
les compétences spécifiques et l’avantage comparatif des ONGs au niveau de communautés
locales. Le Luxembourg favorisera par ailleurs la complémentarité avec son
action de coopération bilatérale ;
• promouvoir un engagement responsable du secteur privé. Le Luxembourg cherchera à promouvoir
une collaboration accrue avec les acteurs du secteur privé, en particulier au sein de
ses pays partenaires, afin de développer des partenariats innovants et mutuellement bénéfiques
qui contribueront au développement durable et à une croissance inclusive.
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1. Une nouvelle stratégie générale pour la Coopération luxembourgeoise

La complexité et l’interdépendance accrues des défis auxquels est confrontée la coopération
au développement, tout comme les nouveaux engagements internationaux en matière de
développement et d’assistance humanitaire, l’évolution des approches et des partenariats
ainsi que les avancées sur le plan national sont autant de facteurs ayant rendu nécessaire
l’élaboration d’une nouvelle stratégie générale pour la Coopération luxembourgeoise.
Un environnement de développement en mutation rapide et caractérisé par une interconnexion
accrue. Au cours de la dernière décennie, tant les défis que les opportunités
associées à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration du développement économique
et humain ont atteint une ampleur, une portée et une complexité inégalées. Alors qu’en
2018 le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a globalement reculé, la moitié
des pauvres dans le monde reste piégée dans des situations fragiles, souvent affectées
par des conflits. D’ici 2030, cette proportion devrait même croître de près de deux tiers.
Face aux conséquences du changement climatique, des pandémies et des conflits, ainsi
qu’aux déplacements forcés de populations, aux mouvements de réfugiés et aux migrations
qui en résultent, la demande de « biens publics mondiaux » a considérablement
augmentée. Malgré ce constat, les réponses à ces défis multidimensionnels demeurent
sous-financés et souvent difficiles à coordonner.
Une nouvelle série d’engagements internationaux vise à répondre à ces défis et à définir
un agenda sur le long terme. L’Agenda 2030, ses 17 objectifs de développement durable
(ODD) ainsi que le programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement,
constituent désormais la référence en matière de développement international et
de sa mise en oeuvre. À la fois large et global, l’Agenda 2030 couvre cinq dimensions clés
en matière de développement durable : Peuples, Prospérité, Planète, Partenariats et Paix
(5P). Il définit une feuille de route multidimensionnelle dont l’objectif est de parvenir à un
développement économique, humain et social englobant notamment l’éradication de la
pauvreté et la lutte contre les changements climatiques selon une démarche inclusive qui
tient compte du principe de « ne laisser personne pour compte ».
En 2015, lors de la COP 21 à Paris, des gouvernements et entreprises privées se sont engagés
à accroître les ressources allouées à la lutte contre les effets négatifs du changement
climatique. En 2016, à Nairobi, les engagements internationaux pour renforcer l’efficacité
du développement ont été réaffirmés. La même année, lors du Sommet Humanitaire Mondial,
les partenaires de développement et les agences du système des Nations Unies ont
convenu d’unir leurs forces pour améliorer l’efficience et l’efficacité de l’action humanitaire.
Cet accord, connu sous le terme de « Grand Bargain », vise à dépasser le cloisonnement
entre les approches de développement et les actions humanitaires. En 2017, un nouveau «
Consensus pour le développement », intitulé « Notre monde, notre dignité, notre avenir »
a défini les nouvelles priorités en matière de coopération européenne au développement
pour les États membres et institutions de l’UE et les a alignées sur l’Agenda 2030.
Des partenariats multi-acteurs et des mécanismes innovants pour relever des défis de
développement partagés. La réalisation des ODD constitue un défi considérable en raison
de l’ampleur des ressources requises et de la complexité qui sous-tend l’interdépendance
des politiques. Elle exigera un travail concerté entre acteurs divers, chacun ayant un rôle
distinct à jouer, notamment, pour la mobilisation de différents types d’instruments et de
ressources. Les organisations multilatérales, dont les banques multilatérales de développement
(BMD), les entreprises privées, les ONG internationales, nationales et locales, les
fondations philanthropiques ainsi que les instituts universitaires et de recherche, sont des
acteurs clés pour renforcer tant la portée que l’impact des actions à entreprendre. La mise
en oeuvre de programmes et de mécanismes innovants facilitera la mobilisation de ressources
financières et d’expertise en provenance de différents acteurs et secteurs.
La promotion du multilatéralisme pour maximiser l’impact de développement. Le
Luxembourg s’engage activement au sein des organisations multilatérales et soutient les
efforts à l’échelle globale pour promouvoir les ODD, la prospérité et la sécurité. Le Luxembourg
maintiendra ses partenariats avec les organisations multilatérales pour influer sur
et contribuer aux efforts en cours visant à réformer le système de développement international,
tant au niveau des politiques que des programmes. En tant que membre fondateur
des principales organisations intergouvernementales et multilatérales telles que
l’Union européenne (UE), les Nations Unies (ONU), l’Organisation pour la coopération et
le développement économique (OCDE), l’Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE) et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le Luxembourg
demeure fermement convaincu que l’action collective renforce l’efficience et l’efficacité
des efforts internationaux pour un développement durable.
Les évolutions au sein de la Coopération luxembourgeoise. Depuis sa dernière stratégie
de 2012 et les mises à jour apportées respectivement en 2012 et 2017 à la loi de 1996
sur la coopération au développement, la Coopération luxembourgeoise a connu une série
d’évolutions et a adopté de nouvelles priorités et orientations.

Encadré n°1 : Évolutions majeures du système de coopération au développement
du Luxembourg

• la coopération au développement a été progressivement érigée en tant qu’un des
piliers majeurs de la politique étrangère luxembourgeoise et de son approche 3D
(Diplomatie, Développement et Défense) visant à promouvoir un développement
durable et la paix ;
• en 2012, les actions humanitaires ont été formalisées à l’intérieur du cadre juridique
luxembourgeois et font depuis officiellement partie de son action externe.
En 2013, sa stratégie en matière d’action humanitaire a été adoptée. Cette dernière
a été complétée, en 2016, par une Charte humanitaire ;
• un engagement ferme, depuis 2009, de maintenir ses flux d’APD à un niveau de
1 % de son RNB ;
• le Luxembourg a élargi sa participation au sein du système multilatéral de coopération
au développement. En 2013, il est devenu membre de la Banque africaine
de développement (BAD) et a été, en 2015, le premier pays européen à rejoindre la
Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII).
Le présent document définit les orientations stratégiques et le cadre général pour l’action
de la Coopération luxembourgeoise. Il en identifie les domaines thématiques prioritaires,
les instruments financiers et non-financiers, les modalités et partenariats, la concentration
géographique ainsi que les actions visant à assurer l’efficacité du développement ainsi que
la cohérence des politiques pour le développement. Ce document énonce également les
principes sur lesquels reposent l’action humanitaire, la sensibilisation et l’éducation au développement,
la communication, le suivi et l’évaluation ainsi que la gestion des connaissances.

2. Thématiques prioritaires

Une approche multidimensionnelle de l’éradication de la pauvreté et du développement
durable. Partant de l’Agenda 2030 et afin de promouvoir des approches intégrées entre
secteurs, partenaires et instruments, la nouvelle stratégie générale de la Coopération
luxembourgeoise évolue d’une priorisation sectorielle vers une approche plus inclusive,
désormais fondée sur des thématiques prioritaires.
Le Luxembourg concentrera son action sur quatre thématiques prioritaires interconnectées
pour lesquelles il dispose d’une expertise et d’un avantage comparatif spécifiques.
Ces domaines thématiques s’appuient sur l’expertise luxembourgeoise acquise de longue
date dans les secteurs de l’éducation/de la formation professionnelle, de la santé et du
développement rural, tout en intégrant de nouveaux domaines d’intervention et instruments
innovants pour lesquels le Luxembourg peut mettre à profit ses avantages comparatifs
en tant que centre financier international de premier plan ainsi que dans le secteur
des TIC et des données numériques.
En conformité avec son objectif principal, les ODD et le principe consistant à « ne laisser
personne pour compte », le Luxembourg concentrera son action sur les quatre thématiques
prioritaires suivantes :
Améliorer l’accès à des services sociaux de base de qualité :
Malgré les progrès accomplis dans de nombreux pays en voie de développement, des disparités
persistent en termes d’offre et d’accès à des services sociaux de base de qualité, en
particulier dans les zones fragiles et affectées par des conflits. Le Luxembourg soutiendra
des approches innovantes dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement
ainsi que de la sécurité alimentaire et de la nutrition pour renforcer l’offre et
l’accès aux services sociaux de base.
• Santé, Eau et Assainissement. Le Luxembourg s’efforcera d’améliorer l’offre et l’accès à
des soins abordables et de qualité par le renforcement des systèmes de santé nationaux,
la lutte contre la propagation des maladies transmissibles, dont le VIH/SIDA en particulier
et, le renforcement de la santé maternelle et infantile, y compris la santé et les
droits sexuels et reproductifs (SDSR). Le Luxembourg continuera de promouvoir l’offre et
l’accès à l’eau potable et à l’assainissement afin de prévenir la propagation des maladies
et de contribuer à une population en bonne santé ;
• Sécurité alimentaire et Nutrition. Le Luxembourg renforcera son appui à la sécurité alimentaire
et de la nutrition. Une population disposant d’une alimentation suffisante et
d’une qualité adéquate est plus productive, en meilleure santé et davantage susceptible
de pouvoir suivre un enseignement scolaire. La sécurité alimentaire et nutritionnelle
sont essentielles pour le développement d’une agriculture durable et le renforcement
de la résilience des populations pour faire face à des crises futures, y compris celles
induites par le changement climatique ;
• Éducation. Le Luxembourg dispose d’une expérience de longue date dans le domaine de
l’éducation et s’engage à contribuer à l’objectif d’offrir à tous un accès égal à un enseignement
de qualité, en particulier aux populations vulnérables, dont les femmes et les
jeunes filles.
Renforcer l’intégration socio-économique des femmes et des jeunes :
Les femmes et les jeunes sont confrontés d’une manière disproportionnée aux conséquences
de la pauvreté en étant souvent privés de l’accès aux compétences nécessaires
pour s’engager activement dans des activités productives et durables et susceptibles, à
terme, de faciliter leur intégration socio-économique. L’appui à l’intégration socio-économique
des femmes et des jeunes est un facteur clé pour stimuler la croissance économique
et le développement durable par une réduction des inégalités d’offre et d’accès à une éducation
et une formation de qualité. Par conséquent, le Luxembourg :
• soutiendra le renforcement des systèmes de formation professionnelle et l’artisanat,
en particulier dans le domaine des TIC et des emplois verts, en veillant à ce qu’ils soient
en adéquation avec les besoins des marchés locaux de l’emploi. Le Luxembourg valorisera
son expertise dans le domaine de la formation professionnelle et appliquera des
approches sectorielles tout en assumant, le cas échéant, un rôle de chef de file sectoriel
pour contribuer à l’amélioration des opportunités professionnelles pour les femmes et
les jeunes ;
• se concentrera sur le renforcement de l’employabilité et favorisera un accès égal à
des opportunités d’emplois décents et à l’entreprenariat, en ciblant en particulier les
femmes et les jeunes sans éducation, sans emploi ou formation (NEET). Le Luxembourg
soutiendra le développement d’initiatives visant à établir un environnement propice à
l’insertion professionnelle et à l’emploi des femmes et des jeunes. Cette démarche s’effectuera
en particulier à travers une implication accrue du secteur privé afin d’améliorer
l’employabilité de la main-d’oeuvre locale, notamment face aux mutations d’économies
en phase de croissance ainsi qu’à celles liées aux processus d’automatisation.
Promouvoir une croissance durable et inclusive :
Le Luxembourg reconnaît qu’un développement à long terme nécessite des investissements
nationaux et étrangers, tout comme la mobilisation de partenariats multi-acteurs.
Cette démarche inclut les actions de coopération Sud-Sud et triangulaires afin d’impulser
un développement socio-économique durable et inclusif, ainsi que la formation et la rétention
d’une main d’oeuvre qualifiée. En valorisant son expertise en tant que centre financier
international de premier plan ainsi qu’en matière d’approches intégrées de développement
local, le Luxembourg :
• incitera l’émergence d’un environnement favorable pour l’investissement et la croissance
inclusive, notamment au travers de formations spécifiques en appui à la conduite
de réformes économiques et financières et d’une assistance technique ciblée, basée
sur la demande, pour appuyer les dynamiques d’intégration régionale et internationale
des économies nationales. Un accent sera par ailleurs mis sur la mobilisation accrue de
ressources nationales, pour favoriser une croissance durable, bénéficiant à l’ensemble
des populations ;
• encouragera un engagement renforcé et responsable du secteur privé, ceci notamment
à travers un appui à la création de partenariats public-privé ou par la mise en place de
chaînes de valeur et par le recours à des mécanismes de financement innovants, tels que
les financements mixtes, verts et inclusifs ;
• renforcera son soutien à la finance inclusive de façon à permettre aux populations
les plus vulnérables - qui en général n’ont pas accès à des services financiers formels -
d’avoir accès à des services financiers de base, y compris en matière d’assurance, afin de
faciliter leur participation active dans un environnement économique durable, tout en
améliorant leurs moyens de subsistance ;
• soutiendra le développement de solutions innovantes dans le domaine des TIC et des
données numériques, catalyseurs d’un développement et d’une croissance durables et
inclusifs.
Promouvoir une gouvernance inclusive :
Une offre et un accès équitable à des services publics de qualité, adaptés aux besoins
et aspirations des populations, sont à la base d’un développement inclusif et durable.
Néanmoins, trop souvent, les efforts visant à instaurer une gestion publique saine et des
systèmes de gouvernance redevables sont minés par des pratiques de corruption et des
mécanismes incitatifs pervertis. Il en résulte une allocation de ressources publiques peu
efficiente et efficace ainsi qu’une offre de service publics de base insuffisante et de qualité inférieure;

autant de facteurs entravant les efforts en faveur de l’autonomisation des
populations. Afin de promouvoir une gouvernance inclusive, le Luxembourg :
• soutiendra la conduite de réformes sectorielles et administratives en vue d’améliorer
l’offre et l’accès à des services publics de base de qualité, à travers des appuis ciblés en
termes de renforcement des capacités, sur base de besoins avérés ;
• soutiendra les processus de décentralisation et de déconcentration pour favoriser
l’émergence d’institutions publiques performantes et redevables, notamment à travers
l’autonomisation des populations les plus défavorisées ;
• renforcera son soutien et les modalités de son engagement en faveur d’ONG nationales
et locales afin de promouvoir la participation accrue de la société civile dans les
processus décisionnels et de faciliter la mise en place d’un environnement inclusif basé
sur les droits. En parallèle, le Luxembourg collaborera avec les organisations multilatérales
et les milieux universitaires et think tanks afin de renforcer les capacités nationales
et la résilience à tous les niveaux de la société.
Chacune des quatre thématiques prioritaires tiendra compte de l’intégration de dimensions
transversales prioritaires, à savoir : le respect des droits de l’homme, l’égalité et
l’équité entre les sexes, ainsi que la durabilité environnementale. En assurant la prise en
compte systématique de ces trois priorités transversales, le Luxembourg vise à soutenir
les efforts en faveur d’un développement durable au travers d’une approche holistique et
multidimensionnelle. En fonction des priorités et besoins spécifiques en matière de développement
des pays partenaires, le Luxembourg développera des programmes et projets
spécifiques dédiés à ces dimensions transversales.
La priorisation stratégique des objectifs et de choix spécifiques en matière de programmation
sera effectuée conjointement entre le Luxembourg et ses pays partenaires. Cette
démarche privilégiera l’alignement des interventions sur les priorités nationales de développement
afin de favoriser l’appropriation nationale. Conformément aux principes internationaux
en matière d’efficacité du développement et afin de maximiser l’impact de son
action au regard de ses ressources limitées, le Luxembourg tiendra compte des défis de
développement particuliers auxquels est confronté chacun des pays partenaires en priorisant,
selon le contexte donné, les thématiques et les secteurs les plus pertinents. Ce processus
de hiérarchisation des priorités, associant l’ensemble des parties prenantes concernées,
sera conduit de manière pragmatique et selon une approche axée sur les résultats.
Partant, le Luxembourg concentrera son action sur l’atteinte d’un nombre circonscrit de
cibles définies sur base des indicateurs associés aux ODD prioritaires retenus.
3. Instruments financiers et autres modalités non financières
Instruments financiers
Le Luxembourg s’est engagé à consacrer 1 % de son RNB à l’aide publique au développement
(APD). Depuis le début des années 2000, l’APD luxembourgeoise a dépassé 0.7 %
du RNB, objectif fixé par les pays développés dans le cadre de l’Assemblée générale des
Nations Unies en 1970 et réaffirmé par la suite lors de divers fora internationaux. Actuellement,
le Luxembourg fait ainsi partie des quelques rares pays membres du CAD de l’OCDE qui ont atteint cet objectif.
Depuis 2009, le Luxembourg dépasse cet objectif en allouant en moyenne 1 % de son
RNB au titre de l’APD et même si les budgets peuvent sembler relativement modestes en
termes absolus, le fait de dépasser régulièrement l’objectif de 0,7 %, témoigne de la fiabilité
du Luxembourg au regard de ses engagements internationaux.
Dans la mesure où le Luxembourg s’est engagé à renforcer son appui au financement international
de la lutte contre les changements climatiques, des synergies avec ses actions de
coopération en appui à la durabilité environnementale seront activement recherchées. Le
Luxembourg continuera d’appliquer « l’additionnalité » des fonds mobilisés pour le financement
climatique international et pour l’accueil de réfugiés au Luxembourg.
Le Luxembourg privilégiera les financements sous forme de dons en tant que principal
instrument financier de sa coopération bilatérale et poursuivra en parallèle une approche
de diversification des instruments de financement de l’aide. Le recours aux dons permet
d’éviter des pressions supplémentaires sur les budgets des pays partenaires, qui disposent
en général de ressources fiscales limitées pour rembourser leur dette externe. Les dons
constituent par ailleurs l’instrument financier privilégié pour soutenir des programmes et
projets dans les secteurs sociaux dont le retour sur investissement financier pour rembourser
des prêts n’intervient en général qu’à moyen ou long terme.
Au-delà des dons et en réponse à des besoins et thématiques spécifiques des pays partenaires,
le Luxembourg aura recours à un ensemble varié d’instruments et de modalités de
financement innovants. A cet effet, le Luxembourg s’appuiera notamment sur des partenariats
avec les BMD et le secteur privé et encouragera le recours aux financements mixtes
tels que les garanties et les instruments de limitation des risques. Dans ce contexte, une
attention renforcée sera par ailleurs accordée aux investissements à impact social, notamment
au travers de la finance inclusive.
Les ressources financières seront déliées. Conformément à un des principes clés de
l’agenda pour l’efficacité du développement, le Luxembourg veillera à mettre en oeuvre
ses programmes et projets sur la base de procédures d’appels d’offres ouvertes et transparentes,
sans les lier spécifiquement à des entreprises nationales.
Modalités non financières
La Coopération luxembourgeoise continuera de favoriser les actions de renforcement de
capacités. Le Luxembourg investira dans des programmes de renforcement de capacités
par la mise à disposition d’une assistance technique et scientifique ainsi que par le transfert
de technologies et de connaissances. L’impact des actions de coopération dans les
pays partenaires est maximisé par le renforcement des capacités tant au niveau individuel,
qu’organisationnel et institutionnel. En matière de renforcement de capacités, le Luxembourg
applique une approche axée sur la demande, adaptée aux contextes et à la culture
locale des pays partenaires et basée sur leurs besoins et priorités actuels et futurs. Le renforcement
de capacités est la priorité clé de Lux-Development, l’agence luxembourgeoise
chargée de la mise en oeuvre des interventions en matière d’aide bilatérale.
Pour maximiser ses ressources limitées et augmenter son impact, la Coopération luxembourgeoise
veillera à promouvoir des approches innovantes pouvant être répliquées à
grande échelle avec le concours d’autres partenaires de développement. Compte tenu
aussi des contraintes auxquelles sont soumis les budgets publics, des programmes et
mécanismes innovants favoriseront la mobilisation de ressources et d’expertise auprès de
différents acteurs et secteurs pour faire face à la complexité des défis de développement
à relever.
Collaborer avec les pays partenaires et organisations internationales pour créer un environnement
favorable au développement durable. Cette démarche comprend une action
accrue en faveur d’un système financier international plus efficace au travers d’une collaboration
renforcée entre le ministère luxembourgeois des Finances et les institutions financières
internationales. En parallèle, le Luxembourg travaillera avec ses pays partenaires
pour renforcer leurs capacités dans le secteur des services financiers. Ceci comprendra des
appuis aux réformes économiques nationales et régionales ainsi qu’à la mobilisation des
ressources nationales, conformément aux engagements pris dans le cadre de l’Addis Tax
Initiative et du projet BEPS (Base Erosion and Profit Sharing) de l’OCDE.
En matière de finance inclusive, le Luxembourg continuera de soutenir le transfert de
connaissances vers ses pays partenaires. Réputé comme centre d’excellence dans le
domaine de la finance inclusive, le Luxembourg mobilise cette expertise pour renforcer
les institutions de microfinance dans ses pays partenaires et apporter un soutien aux
micro-, petites et moyennes entreprises. Le Luxembourg encourage également le partage
de connaissances via des partenariats multi-acteurs, en s’appuyant sur son large réseau
national d’acteurs de référence dans le domaine de la finance inclusive.
Sur base de son expertise dans le domaine des TIC, le Luxembourg facilitera le transfert
de connaissances et de technologies à des fins humanitaires et de développement. La
Coopération luxembourgeoise poursuivra la mise à profit de l’expertise du Luxembourg
en tant que centre spécialisé dans les TIC et favorisera dans ce domaine, les partenariats
public-privé au service du développement.
PHILIPPINES | Intervention à Guiuan suite au Typhon Haiyan
© WFP/M. Hall

Encadré n°2 : La plate-forme humanitaire emergency.lu : Valorisation de
l’expertise luxembourgeoise dans le domaine des TIC

La plate-forme emergency.lu a recours aux technologies satellitaires pour rétablir les
communications à la suite de crises ou catastrophes et fournit des solutions numériques
pour rendre plus efficace le travail des équipes humanitaires. Elle facilite la
coordination des organisations humanitaires sur le terrain et contribue à sauver des
vies en situation d’urgence humanitaire. En cas de crise ou de catastrophe, l’équipement
et le personnel peuvent être déployés dans la zone affectée en moins de
douze heures. Ces services de communication peuvent également être fournis dans
le contexte de crises chroniques, en particulier dans des zones reculées.
Opérationnelle depuis janvier 2012, la plate-forme emergency.lu est le fruit d’un
partenariat public-privé entre le gouvernement du Luxembourg et trois entreprises
privées luxembourgeoises. Elle a été développée en étroite collaboration avec le
Programme alimentaire mondial (PAM), chef de file de l’Emergency Telecommunications
Cluster (ETC).
Les services de la plate-forme emergency.lu sont généralement mis gratuitement à
disposition de la communauté humanitaire, en tant que bien public mondial bénéficiant
aux populations dans les zones affectées.

4. Concentration géographique

Le Luxembourg priorisera les régions et pays dans lesquels son action de développement
aura un impact. Afin de maximiser l’impact et la visibilité de son action de développement,
le Luxembourg concentrera ses programmes et projets bilatéraux sur un nombre restreint
de pays. Cette orientation se base notamment sur la limitation des ressources financières
disponibles : bien qu’élevées et généreuses en termes relatifs, elles restent néanmoins
relativement modestes en termes absolus comparées aux budgets d’autres pays membres
du CAD de l’OCDE.
Pays partenaires prioritaires. Le Luxembourg se concentre sur un nombre limité de pays
partenaires prioritaires où ses actions de développement sont basées sur des accords
généraux de coopération pluriannuels, suivent une approche-programme et reposent sur
un engagement à long terme définis dans des Programmes indicatifs de coopération (PIC),
conclus pour une durée de 5 ans. Le Luxembourg allouera au moins 50 % de son aide bilatérale
à ses pays partenaires prioritaires. Compte tenu de son expérience et des partenariats
existants, il maintiendra une concentration particulière sur les pays situés en Afrique
de l’Ouest et dans la zone du Sahel. La priorité accordée à ces pays se base également
sur l’expérience acquise par le Luxembourg dans les pays en situation de fragilité. Dans le
cadre des partenariats existants, le Luxembourg cherchera, par ailleurs, à promouvoir et
développer des approches de développement transfrontalier et intégré.

Encadré n°3 : Renforcement de l’impact et de l’efficacité des actions de
développement – Concentration sur un nombre limité de pays partenaires prioritaires

Afin d’assurer un impact et une efficacité renforcés de son action de développement,
le Luxembourg maintient des relations privilégiées avec un nombre limité pays partenaires
prioritaires. Au nombre de sept depuis 2016, ces partenariats stratégiques
sont ancrés dans des accords généraux de coopération et dans des Programmes
indicatifs de coopération (PIC) pluriannuels. Outre le Laos, en Asie du Sud-Est et
le Nicaragua, en Amérique centrale, cinq des sept pays partenaires prioritaires se
situent en Afrique de l’Ouest : Burkina Faso, Cabo Verde, Mali, Niger et Sénégal.
Critères d’identification des pays partenaires prioritaires. Le processus d’identification
s’appuiera sur une combinaison de plusieurs critères :
• alignement avec les objectifs généraux de la politique étrangère du Luxembourg et
des priorités en matière de coopération au développement. Les pays partenaires prioritaires
seront principalement identifiés parmi ceux dont les seuils de pauvreté sont les
plus élevés, présentant un faible indice de développement humain et disposant d’un
accès limité à des ressources financières autre que les apports en APD. Le Luxembourg
orientera essentiellement son aide en direction de l’Afrique et de la zone du Sahel en
particulier, tout en maintenant une présence globale sur d’autres continents ;
NICARAGUA | Projet NIC/026 - Renforcement institutionnel de la formation professionnelle en hôtellerie,
tourisme et industrie
• priorité accordée aux pays les moins avancés (PMA). Le Luxembourg continuera de
dépasser son engagement dans le cadre du Programme d’action d’Istanbul, en allouant
plus de 0,2 % de son RNB aux PMA. En parallèle, le Luxembourg cible son aide sur les
petits Etats insulaires en développement (PEID) et les pays en situation de fragilité ;
• appuis à des pays non-PMA. Un tel choix sera guidé par la capacité du Luxembourg à
pouvoir mettre à profit un avantage comparatif en termes d’expertise et d’expérience
et, par le fait que seul un nombre limité de partenaires de développement y soient actifs
malgré des défis manifestes en termes de développement et de migration ;
• existence de partenariats de long terme et de liens historiques ainsi qu’un potentiel
pour promouvoir des approches régionales dans le cadre de programmes de développement
pour relever des défis de développement partagés, en particulier dans les
domaines où le Luxembourg dispose d’une expertise thématique spécifique.
En dehors des pays partenaires prioritaires, le Luxembourg intervient dans un certain
nombre d’autres pays partenaires où ses actions de développement reposent principalement
sur une approche projet. Une telle approche offre davantage de latitude pour réagir
à des défis et besoins potentiels dans des pays où le Luxembourg n’a pas de présence opérationnelle.
Elle permet aussi d’adapter ses appuis en fonction des priorités de sa politique
étrangère et/ou de revoir les modalités de partenariat lorsque le statut d’un pays évolue.
Définition de stratégies de retrait. Au cours de la dernière décennie, plusieurs pays partenaires
prioritaires ont enregistré une croissance économique soutenue ayant permis à
une partie importante de leur population de sortir de l’extrême pauvreté et d’accélérer les
progrès en termes de développement humain. Ces évolutions ont conduit le Luxembourg à
adapter la nature et l’étendue de ses appuis. Tout processus de retrait du Luxembourg d’un
pays partenaire prioritaire sera planifié en amont et s’assurera que : la décision soit relayée
aux autorités et parties prenantes le plus tôt possible ; tous les engagements pris soient
honorés et les modalités de retrait et la clôture des programmes soient coordonnées avec
les partenaires de développement, en y associant la société civile et le secteur privé.
En général, le retrait d’un pays partenaire sera progressif et comprendra l’identification
d’options pour un potentiel engagement futur au-delà de la coopération au développement.
Ce dernier se basera sur l’innovation et la diversification des relations et pourra,
entre autres, cibler des actions de lutte contre les conséquences négatives du changement
climatique, stimuler davantage l’implication et le développement du secteur privé, développer
les capacités des ONG locales ou faciliter la mise en oeuvre de coopérations triangulaire
ou Sud-Sud.

5. Partenariats multi-acteurs

Les partenariats multi-acteurs sont essentiels pour relever les défis de développement.
Tout progrès dans la réalisation des objectifs ambitieux de l’Agenda 2030 nécessitera le
concours d’un ensemble d’acteurs divers; chacun ayant un rôle propre et distinct à jouer en
fonction des instruments et types de ressources dont il dispose. Afin d’accroître la portée
et de renforcer l’impact de son action, le Luxembourg continuera de développer et de promouvoir
des synergies et des partenariats avec les organisations internationales et multilatérales,
tels que l’UE et l’ONU ainsi qu’avec les BMD, les ONG, la société civile, les centres
universitaires/centres de recherche et le secteur privé. Ces partenaires interviendront à
la fois en tant que contributeurs financiers et acteurs de mise en oeuvre. Le Luxembourg
renforcera davantage son rôle de catalyseur pour la mobilisation de ressources supplémentaires
afin d’augmenter son impact en termes de financements et d’efficacité de ses
actions de développement. Il veillera particulièrement à renforcer et promouvoir la coopération
triangulaire et Sud-Sud.
Les organisations multilatérales sont des partenaires clés de la Coopération luxembourgeoise.
En tant que membre fondateur des principales organisations intergouvernementales
et multilatérales telles que l’UE, le Benelux, l’ONU, l’OCDE, l’OSCE et l’OTAN,
le Luxembourg s’engage activement au sein des fora multilatéraux et défend les efforts
internationaux visant le progrès dans la réalisation des ODD, la prospérité et la sécurité
mondiale. Le Luxembourg travaille et agit par le biais des organisations multilatérales pour
maximiser les efforts visant à promouvoir l’éradication de la pauvreté, la durabilité environnementale,
la bonne gouvernance et les droits de l’homme.
Le Luxembourg continuera de défendre les intérêts et valeurs de la politique étrangère
et de sécurité commune de l’Union européenne. En tant que premier contributeur d’APD
à l’échelle globale, l’UE et ses Etats membres occupent une position particulière dans le
cadre de l’Agenda 2030 et des actions collectives en faveur de la réalisation des ODD. En
tant que leader dans ce domaine, le Luxembourg peut faire valoir ses valeurs et ses intérêts
sur la scène internationale. Il contribuera à l’élaboration et à la coordination des politiques
européennes en matière de développement et d’action humanitaire, notamment dans le
cadre du Consensus européen pour le développement et du Code de conduite de l’UE sur
la division du travail entre les Etats membres de l’UE. Dans les pays partenaires où la Coopération
luxembourgeoise est représentée sur le terrain, le Luxembourg assumera dans la
mesure du possible le rôle de chef-de-file sectoriel/thématique et soutiendra activement
les efforts de l’UE en matière de programmation conjointe. Cette démarche inclura la mise
en oeuvre d’accords de coopération déléguée.
En complément de son aide bilatérale, le Luxembourg maintiendra son engagement de
longue date en faveur de la coopération multilatérale, reflet de sa responsabilité globale.
Les partenariats avec les acteurs du système multilatéral permettront au Luxembourg d’accroître
la portée et l’impact de son budget de coopération au développement, de diversifier
ses instruments et de contribuer ainsi à la réalisation de son objectif principal d’éradication
de la pauvreté et de développement durable. Les contributions financières du
Luxembourg au système multilatéral, y compris par le biais des BMD, constituent un pilier
important de sa coopération au développement, et représentent une part substantielle
de son budget alloué au développement (environ 30 % du montant total de son APD).
Par conséquent, le Luxembourg continuera de renforcer sa participation dans les BMD,
demeurera un membre proactif au sein des institutions multilatérales. Il continuera par
ailleurs de forger des partenariats qui appuient la mise en place de systèmes financiers
stables, de dispositifs financiers innovants et de mécanismes de financement liés au changement
climatique.

Encadré n°4 : Un mécanisme de financement innovant pour le développement
de l’agriculture

Conjointement avec le Fonds international de développement agricole (FIDA) la
Commission européenne et la « Alliance for a Green Revolution in Africa » (AGRA)
le Luxembourg a lancé un mécanisme de financement innovant, dénommé Agri-Business
Capital Fund (Fonds ABC).
Le Fonds ABC a pour objectif de mobiliser des fonds publics et privés pour financer
des chaînes de valeur agricoles dans les pays en voie de développement afin
de stimuler la croissance, développer de nouveaux marchés et préserver/créer des
opportunités d’emploi en milieu rural pour les jeunes et les femmes.
Domicilié au Luxembourg et bénéficiant d’un capital de démarrage de 5 millions
d’euros de la Coopération luxembourgeoise, le fonds ABC est une illustration de
partenariat public-privé innovant qui permettra de démultiplier l’investissement de
départ et de maximiser son impact sur le développement tout en restant financièrement
rentable.
Les partenariats avec les organisations multilatérales seront guidés par des considérations
stratégiques basées sur leur alignement avec les objectifs de développement du
Luxembourg. Le Luxembourg continuera de développer des accords de partenariat stratégiques
sur la base de critères pré-identifiés pour la sélection d’organisations multilatérales.
Cette démarche renforcera tant la prévisibilité des financements que le ciblage sur
les domaines prioritaires de la Coopération luxembourgeoise. L’engagement du Luxembourg
auprès des organisations multilatérales sera aussi guidé par des pratiques efficaces,
centrées sur leur mandat principal et l’optimisation des ressources allouées. Une telle
approche s’appuiera par ailleurs sur le soutien continu du Luxembourg aux mécanismes
internationaux d’évaluation tels que le Réseau d’évaluation de la performance des organisations
multilatérales (MOPAN).
Le Luxembourg continuera de capitaliser les partenariats avec les ONGs. La Coopération
luxembourgeoise bénéficie des apports d’une communauté d’ONG nationales, dynamiques
et diversifiées. La plupart de ces associations sont membre de la plateforme nationale «
Cercle de Coopération des ONG de développement » qui assure un rôle de coordination
et de facilitation au niveau national. Des partenariats solides seront maintenus avec les
ONGs sur base d’une collaboration étroite et d’un cofinancement substantiel de projets et
programmes mis en oeuvre dans les pays partenaires et autres pays en voie de développement.
Le Luxembourg continuera de canaliser environ 20 % de son APD via les ONG et les
acteurs de la société civile, contribuant ainsi à renforcer leur rôle spécifique de porte-parole
des plus vulnérables et à promouvoir une gouvernance inclusive, la redevabilité et le
respect des droits de l’homme.
La concentration des interventions des ONGs dans les pays partenaires prioritaires du
Luxembourg et les PMA continuera d’être activement promue dans une logique de maximisation
des synergies avec l’action de coopération bilatérale luxembourgeoise ainsi que
pour renforcer l’impact d’ensemble de cette dernière, en valorisant la maîtrise des réalités
locales et l’expérience de terrain des ONGs.
Les partenariats avec les acteurs de la société civile seront renforcés et diversifiés. Afin
de favoriser le renforcement de capacités et le partage de connaissances - y compris dans
le cadre de stratégies de transition/de retrait - les ONG nationales seront encouragées à
accroître leur appui aux ONG locales dans les pays en développement. Une telle démarche
peut être réalisée soit par l’allocation directe de ressources à des ONG locales, soit par
le biais de mesures incitatives encourageant les ONG nationales à s’associer à des ONG
locales pour l’indentification, la formulation et la mise en oeuvre de projets communs.
Le soutien au monde universitaire sera étendu. Le Luxembourg soutiendra le développement
de capacités de recherche et d’expertise dans le domaine de la coopération au développement
internationale, notamment en partenariat avec l’université du Luxembourg et
d’instituts de recherche. Des dispositifs de financement alternatifs seront recherchés, qui
pourraient à terme prévoir l’appui à la mise en place d’un think tank luxembourgeois indépendant.
Un tel institut pourrait, entre autres, fournir des analyses sur les politiques d’APD
ainsi que sur la cohérence des politiques pour le développement afin de les renforcer.
Partenariats avec le secteur privé. Les acteurs du secteur privé ont toujours participé aux
actions de développement local et international, principalement en tant qu’acteurs de
mise en oeuvre de projets et programmes. Dans le cadre de la mise en oeuvre de l’ambitieux
Agenda 2030, leur rôle s’est encore renforcé. Ainsi, le secteur privé national ou étranger
peut mobiliser, en particulier à travers des partenariats public-privé, des ressources
supplémentaires que le secteur public n’est pas en mesure de dégager sur ses budgets ou
qu’il ne peut mobiliser sur base de sa seule expertise propre.
Le Luxembourg facilitera, en particulier dans ses pays partenaires, l’exploration d’opportunités
de collaboration renforcée entre les divers acteurs du secteur privé en vue de la conclusion
de partenariats innovants et mutuellement bénéfiques. Le secteur privé agira ainsi
davantage en tant qu’investisseur plutôt que seulement en tant qu’acteur de mise en oeuvre
d’actions de développement. Une telle démarche, qui implique également un soutien à des
initiatives privées à impact sociétal, renforcera les approches innovantes du Luxembourg et
facilitera la préparation de processus de retrait/transition dans les pays partenaires.
Une collaboration et des synergies plus étroites seront recherchées avec l’industrie des fonds
d’investissement basée au Luxembourg afin de promouvoir les investissements responsables
et inclusifs, les mécanismes de financement innovants et la mobilisation accrue de fonds
privés. Par ailleurs, les partenariats avec des fondations privées seront élargis et renforcés.

Encadré n°5 : La Business Partnership Facility (BPF)

La Business Partnership Facility (BPF), lancée en 2016 par le ministre de la Coopération
et de l’Action humanitaire, en collaboration avec la Chambre de Commerce du
Grand-Duché de Luxembourg, encourage des entreprises privées basées au Luxembourg
et dans l’UE à mettre en oeuvre des projets durables dans les pays en développement,
en accordant une priorité aux pays partenaires du Luxembourg. Centrée
sur des secteurs dans lesquels le Luxembourg dispose d’une valeur ajoutée/d’un
avantage comparatif (les TIC, les technologies financières, la logistique, le bio-health
et l’éco-innovation/économie circulaire), la BPF soutient des initiatives du secteur
privé contribuant de manière spécifique au développement et à la création d’emplois
ainsi qu’aux transferts de technologies et de connaissances.
Renforcer la coordination à tous les niveaux. Le Luxembourg continuera de renforcer ses
efforts de coordination avec chacun des acteurs impliqués dans les PICs et les projets de
développement - les ministères (Affaires étrangères, Finances, Développement durable) ;
les organisations multilatérales ; les ONG ; les agences d’exécution et les acteurs du secteur
privé - afin de réduire la fragmentation de l’aide et d’éviter les duplications entre actions de
développement. Dans ses pays partenaires prioritaires, le Luxembourg continuera d’améliorer
la coordination entre son action humanitaire et de développement, y compris à travers
sa participation continue aux initiatives de programmation conjointe de l’UE et de son
implication dans les réseaux de praticiens du développement. Le Luxembourg continuera
aussi de soutenir et de s’impliquer activement dans les mécanismes d’harmonisation et de
coordination des pays partenaires en endossant, dans la mesure du possible, un rôle de
chef-de-file dans les secteurs faisant partie de ses priorités thématiques.

6. Principes d’efficacité du développement

Le Luxembourg continuera de soutenir la mise en oeuvre des principes d’efficacité du
développement convenus à Nairobi en 2016. Dans le cadre de son adhésion au Partenariat
mondial pour une coopération efficace au service du développement (GPEDC), le
Luxembourg continuera de s’assurer que ses projets et programmes de développement
intègrent systématiquement les principes et bonnes pratiques pour une coopération efficace
au développement. Ces derniers sont formalisés dans le cadre de son Plan d’action
pour l’efficacité du développement (2014) qui sera mis à jour pour intégrer les engagements
pris à Nairobi en 2016 et la nouvelle stratégie générale.
Application du principe de l’appropriation nationale et alignement sur les priorités nationales
de développement via les Programmes indicatifs de Coopération. Les engagements
programmatiques sont définis en étroite concertation avec les principales parties prenantes
des pays partenaires et sont alignés sur les priorités de développement de ces derniers.
La transparence des actions de coopération au développement continuera d’être améliorée.
Tandis que l’ensemble des stratégies, PICs et rapports en matière de coopération au
développement sont librement accessibles au public, le Luxembourg s’engage à renforcer
sa communication sur les résultats de développement ainsi que sur l’utilisation des ressources
financières « additionnelles » qui ne sont pas comptabilisées au titre de son APD,
en particulier les dépenses liées au financement climatique international et à l’accueil de
réfugiés au Luxembourg, ou encore les investissements privés.
Une meilleure communication sur l’utilisation de ces ressources « additionnelles » contribuera
à renforcer la cohérence d’ensemble avec les dépenses et actions menées au titre
de l’APD traditionnelle. Le Luxembourg rejoindra l’Initiative internationale pour la transparence
de l’aide (IITA) afin de renforcer encore davantage la transparence de son action de
coopération et de s’aligner sur les meilleures pratiques au niveau international.

7. Cohérence des politiques pour le développement

Assurer la cohérence des politiques pour le développement dans le cadre de la mise
en oeuvre de l’Agenda 2030. Les ODD réitèrent l’engagement visant à améliorer la cohérence
des politiques pour le développement en termes d’objectifs, de secteurs et d’acteurs,
et à encourager ainsi la mise en place d’un environnement favorable au développement
durable. Ceci implique d’apprécier, notamment par des analyses d’impact, si et
dans quelle mesure les différentes politiques nationales concourent effectivement à l’atteinte
des objectifs fixés dans le cadre de l’agenda 2030. Sur base de cette appréciation,
des options de compromis entre la poursuite d’intérêts nationaux et les objectifs pour un
développement durable à l’échelle mondiale peuvent être identifiées et donner lieu, au
besoin, à des ajustements au niveau des politiques. L’approche 3D (diplomatie, développement
et défense) mise en oeuvre dans le cadre de la politique étrangère du Luxembourg,
tout comme le PNDD (Plan National pour le Développement Durable) constituent des instruments
permettant d’assurer la cohérence entre politiques nationales pour contribuer
ainsi à la croissance durable, la stabilité et à la sécurité dans le monde.
Approches pangouvernementales. Au niveau national, le Comité interministériel pour la
coopération au développement (CID) est chargé de la coordination pangouvernementale
en matière de coopération au développement et de la cohérence des politiques pour le
développement. Le CID travaille en étroit partenariat, tant avec la Commission interdépartementale
du développement durable (CIDD) qui coordonne la planification, la mise
en oeuvre et le suivi d’ensemble PNDD, qu’avec le Comité interministériel des droits de
l’homme (CIDH). La Chambre des députés continuera de son côté à jouer un rôle important
en matière de gouvernance et de cohérence des politiques en assurant une supervision
d’ensemble via des échanges réguliers avec le gouvernement et le suivi des communications
que l’exécutif adresse aux différentes commissions parlementaires concernées. L’état
d’avancement des efforts menés en matière de cohérence des politiques pour le développement
est par ailleurs étroitement suivi par la plate-forme des ONG de développement
luxembourgeoises – le « Cercle de Coopération des ONG de développement » - qui formule
régulièrement des observations et recommandations en la matière.

Encadré n°6 : Assurer la coordination pour une plus grande cohérence des politiques pour le développement

Le Comité interministériel pour la coopération au développement (CID) est en
charge du suivi de la cohérence des politiques pour le développement tandis que la
Commission interdépartementale du développement durable (CIDD) assure le suivi
et la mise en oeuvre du Plan National de Développement Durable (PNDD) et de la
cohérence des politiques pour le développement durable sur le plan national.
Le Luxembourg examinera l’opportunité d’évoluer à terme d’une approche de partenariat
basée sur des accords en matière de coopération au développement (p.ex. : accord
général de coopération, PIC) vers l’adoption de « Programmes nationaux intégrés ».
Reflétant une approche partenariale plus intégrée et diversifiée, ces « Programmes nationaux intégrés »

couvriront l’ensemble des domaines d’action du Luxembourg au sein de
ses pays partenaires prioritaires. Ils permettront ainsi de s’assurer de l’articulation et de la
cohérence d’ensemble des actions du Luxembourg dans un pays partenaire donné et de sa
contribution effective à un développement durable.
Le Luxembourg applique l’additionnalité des fonds alloués au financement climatique
international et à l’accueil de réfugiés au Luxembourg en ne les comptabilisant pas au titre
de son APD. Alors que cette pratique permet la mobilisation de ressources additionnelles
face aux engagements pris en matière d’APD, elle nécessite une coordination renforcée
entre les acteurs et départements ministériels concernés. En vue d’une mise en place à
terme de « Programmes nationaux intégrés », le Luxembourg veillera dès lors à continuellement
renforcer la coordination et les mécanismes de division des tâches et responsabilités
entre les départements ministériels impliqués directement ou indirectement dans la
mise en oeuvre d’actions de coopération au développement.

8. Action humanitaire

La coopération au développement et l’assistance humanitaire font partie intégrante de
l’action extérieure du Luxembourg et constituent une illustration tangible de sa responsabilité
à l’échelle internationale. Tout en respectant pleinement les mandats et principes
humanitaires qui leur sont propres, l’étroite coordination établie entre les interventions
luxembourgeoises en matière de développement et d’action humanitaire constitue
un atout essentiel. Les orientations stratégiques de l’action humanitaire du Luxembourg
sont définies au travers de sa stratégie en matière d’action humanitaire de 2013, laquelle
sera actualisée au regard des nouveaux engagements internationaux en la matière et de
la notion du nexus humanitaire-développement, renvoyant au lien existant entre l’action
humanitaire et le développement. Dans le même ordre d’idée, le Luxembourg a adopté
une Charte humanitaire en 2016.
Plusieurs pays partenaires du Luxembourg sont confrontés à une fragilité inhérente ainsi
qu’à des facteurs externes de déstabilisation qui les exposent au risque d’un basculement
dans des conflits ou dans des situations de crise prolongées. Par conséquent, il importe
d’apprécier au cas par cas et dans quelle mesure il conviendra de rechercher des synergies
entre interventions humanitaires et de développement. L’action humanitaire du Luxembourg
couvre les trois principales phases du cycle d’intervention en cas de crises et catastrophes,
à savoir :
• l’aide d’urgence ;
• le soutien à la reconstruction et à la réhabilitation ;
• la résilience et la prévention.
L’aide humanitaire du Luxembourg continuera d’être délivrée via les canaux multilatéraux,
notamment par des agences spécialisées et le Fonds central des Nations Unies pour les
interventions d’urgence (United Nations Central Emergency Response Fund) ainsi qu’au
travers de fonds humanitaires communs dans les pays concernés, le Comité international
de la Croix-Rouge (CICR) et des ONG humanitaires.
Le Luxembourg applique les bonnes pratiques en matière d’action humanitaire selon
une approche flexible, réactive et innovante en allouant en moyenne 15 % de son APD
à l’aide humanitaire. L’action humanitaire du Luxembourg est guidée par les principes et
bonne pratiques d’action humanitaire (good humanitarian donorship) en accord avec les
principes internationaux en faveur d’une aide prévisible et flexible et de la promotion du
respect du droit international humanitaire. L’action humanitaire continuera d’être appliquée
de manière réactive tout en étant ouverte à des solutions innovantes permettant
d’améliorer l’efficacité des réponses apportées, notamment dans le cadre des partenariats
existants avec les principaux acteurs humanitaires multilatéraux.

Encadré n°7 : Applicati on des principes humanitaires

L’action humanitaire du Luxembourg se conçoit dans le respect des quatre principes
humanitaires fondamentaux suivants :
• le principe d’humanité, dont l’objectif central consiste à sauver des vies et alléger
les souffrances partout où elles se trouvent ;
• le principe d’impartialité qui consiste à mettre en oeuvre des actions uniquement
en tenant compte des besoins sans faire de discriminations entre ou parmi les
populations affectées;
• le principe de neutralité qui signifie que là où elle est mise en oeuvre, l’action
humanitaire ne doit pas prendre parti dans le cadre d’un conflit armé ou d’autres
formes d’affrontement et ;
• le principe d’indépendance qui fait référence à l’indépendance des objectifs de
l’action humanitaire par rapport à toute visée politique, économique, militaire ou
autre dans les zones où elle est mise en oeuvre.
La plate-forme mobile de télécommunication par satellite « emergency.lu », dans le cadre
de laquelle la Coopération luxembourgeoise assure un rôle de coordination entre les bénéficiaires,
les entreprises privées et les principaux acteurs internationaux, constitue une initiative
clé dans ce domaine. De nouvelles pistes pour la promotion de l’innovation dans
le domaine de la recherche visant à améliorer l’efficacité de l’action humanitaire, continueront
à être explorées avec les agences humanitaires, les instituts de recherche et, le
cas échéant, avec les acteurs du secteur privé. Cette démarche portera, entre autres, sur
l’approfondissement des liens entre ces acteurs dans le cadre du nexus humanitaire-développement,
les technologies financières ainsi que la gestion et l’exploitation de données
(data).
L’action humanitaire du Luxembourg se concentrera aussi sur les crises oubliées et
sous-financées. Conformément au principe de « ne laisser personne pour compte » et sur
base d’une approche d’action humanitaire axée sur les besoins, le Luxembourg continuera
de cibler prioritairement les crises oubliées et sous-fiancées où le nombre de partenaires
de développement et d’acteurs humanitaires actifs est réduit.

9. Sensibilisation et éducation au développement

La sensibilisation et l’éducation au développement sont une priorité pour le Luxembourg.
Au niveau national, les efforts déployés dans ce domaine visent à promouvoir la responsabilité
commune et l’appartenance à la communauté mondiale, notamment à travers une
implication accrue du public. Cette démarche permet à celui-ci de disposer des informations
et des outils nécessaires pour comprendre et engager une réflexion critique sur les
causes et les conséquences de la pauvreté, tout en faisant mieux connaître la manière dont
le Luxembourg apporte des réponses à ces défis.
En matière de sensibilisation et d’éducation au développement, le Luxembourg a développé
différentes initiatives à tous les niveaux de son système éducatif et politique. Dans ce
contexte, le Comité interministériel pour l’éducation au développement durable (CIEDD),
sous la conduite respectivement du ministère en charge du Développement durable et
de celui en charge de l’Éducation nationale sur base d’une présidence alternante, définit
les orientations pour intégrer l’éducation au développement durable à tous les niveaux
du système éducatif luxembourgeois et coordonne ces efforts avec les principales parties
prenantes institutionnelles et les acteurs de la société civile. Le gouvernement continuera
d’accroître son aide financière à la sensibilisation et à l’éducation au développement pour
stimuler le dialogue et la conscientisation des citoyens. Par ce biais, la population pourra
mieux appréhender la complexité des enjeux du développement durable dans ses dimensions
économiques, sociales et environnementales.
Les ONG nationales jouent un rôle essentiel dans la mise en oeuvre des actions de sensibilisation
et d’éducation au développement. Le Luxembourg continuera de s’appuyer de
manière prioritaire sur le réseau d’ONG nationales - large et diversifié - pour développer et
mettre en oeuvre des initiatives et programmes en matière de sensibilisation et d’éducation
au développement. Afin de favoriser l’implication accrue des citoyens, le Luxembourg
veillera à promouvoir des initiatives et campagnes conjointes entre ONGs, sur des thématiques
de développement spécifiques ainsi que sur le développement durable en général.

10. Communication

Le Luxembourg dynamisera la communication sur la coopération au développement et
l’action humanitaire, en particulier en matière de résultats. À cet effet, le Luxembourg
valorisera son image auprès de ses principaux partenaires et parties prenantes sur le plan
international et renforcera, au niveau national, son soutien aux actions de sensibilisation et
d’éducation au développement. Une communication efficace et transparente sur les résultats
obtenus par la Coopération luxembourgeoise par rapport à ses objectifs, approches et instruments
en matière de coopération contribuera à encourager et entretenir une adhésion et
sensibilisation accrues de la population aux enjeux multidimensionnels du développement.
Le Luxembourg a démontré son engagement continu en faveur de la promotion de la coopération
au développement et de la mise en oeuvre des meilleures pratiques en matière
d’efficacité. Toutefois, la visée et les résultats de son action restent souvent peu connus et
pourront être mieux valorisés au travers d’une communication volontariste et ciblée envers
ses principaux partenaires et parties-prenantes, y compris le grand public. Par conséquent, le
Luxembourg veillera à renforcer la communication sur les résultats, en relayant de manière
accrue l’impact et les effets de son action au travers les médias sociaux et de son rapport
annuel ainsi que dans le cadre des revues périodiques de sa coopération au développement.
Dans ses pays partenaires, les représentations diplomatiques du Luxembourg renforceront,
avec l’appui des principaux acteurs sur place, la communication sur les résultats de la Coopération
luxembourgeoise.
L’élaboration de lignes directrices et l’optimisation des processus pour une communication
et sensibilisation plus efficaces permettront d’assurer une approche cohérente pour renforcer
la visibilité et mieux faire connaître la Coopération luxembourgeoise, tant au Luxembourg
qu’à l’étranger.

11. Suivi & évaluation et gestion des connaissances

Le Luxembourg continuera de renforcer ses pratiques en matière d’évaluation par un
recours accru à des approches innovantes, permettant d’améliorer la mesure des résultats
et impacts de son action ainsi que par l’extension des évaluations conjointes à ses
partenaires. Le caractère stratégique des évaluations sera renforcé, en s’appuyant notamment
sur la conduite d’évaluations thématiques et sectorielles dans les pays partenaires.
Dans cette logique, le Luxembourg continuera d’évaluer les PIC conjointement avec ses
partenaires opérationnels et y adjoindra, au besoin, des évaluations programmatiques
ciblant ses programmes multilatéraux et humanitaires. Le Luxembourg met fortement l’accent
sur la nature participative des processus d’évaluation et y associe systématiquement
ses partenaires, tout en garantissant l’indépendance et l’impartialité des processus. Une
telle démarche favorise l’appropriation, tant au niveau des résultats que de la mise en
oeuvre des recommandations, tout en contribuant au renforcement des capacités des partenaires.
Le suivi régulier de la mise en oeuvre des projets et programmes sera renforcé. Dans un
contexte de développement en évolution constante, un suivi régulier améliore globalement
les résultats atteints par l’identification de difficultés en temps réel, facilitant ainsi
les rectifications en cours de route. Une telle capacité d’adaptation accrue garantit que
les actions de développement continueront de produire les résultats escomptés, et de «
ne laisser personne pour compte ». A côté du renforcement et du recours, dans la mesure
du possible, aux systèmes de suivi et d’évaluation des pays partenaires, le Luxembourg
renforcera davantage le suivi de la mise en oeuvre de ses programmes, en développant
des cadres stratégiques ainsi que des méthodologies et instruments adaptatifs permettant
un suivi plus efficace et précis des performances aux niveaux des impacts et effets de son
action de développement.
Le Luxembourg s’est engagé à poursuivre le développement et la gestion des connaissances,
pour mieux exploiter les enseignements de ses évaluations et pour les intégrer
dans son action future, en particulier dans le cadre de l’identification de nouveaux PICs ou
de nouvelles phases de projets et programmes. Le Luxembourg appliquera les meilleures
pratiques en la matière et veillera à mettre en oeuvre son action de coopération en tirant
parti des connaissances acquises. L’apprentissage et le changement institutionnels pouvant
découler des évaluations seront promus, notamment via le développement progressif
d’une fonction de gestion des connaissances et des savoirs à part entière.

12. De la stratégie aux résultats

Alignée sur l’Agenda 2030 et sur le principe de « ne laisser personne pour compte », la
nouvelle stratégie générale de la Coopération luxembourgeoise définit les orientations
générales en termes de contenu, de rationnel et de modalités qui sont à la base de la
contribution du Luxembourg à la réalisation des ODD.
Le suivi de la mise en oeuvre de la stratégie sera effectué au travers d’un plan d’action axé
sur les résultats qui définira les actions clés à mener par la Coopération luxembourgeoise
au cours des cinq prochaines années. Tandis que ce plan d’action définira les étapes clés,
les actions, les ressources et les acteurs à mobiliser pour améliorer l’impact et la cohérence
d’ensemble de la Coopération luxembourgeoise, il maintiendra une certaine flexibilité
pour permettre d’éventuelles adaptations, selon les besoins.
Un suivi axé sur les résultats sera effectué à échéance régulière pour mesurer les performances
et progrès obtenus dans la réalisation des objectifs de la Coopération luxembourgeoise
et des ODD.

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